L’assouplissement du travail à temps partiel : à l’encontre du concept de travail soutenable.

KrisPeetersCertains présentent parfois le ministre de l’Emploi, Kris Peeters, comme l’homme de gauche de ce gouvernement. Étrange, non ? Comment, en effet, peut-on être de gauche lorsque l’on fait partie d’un gouvernement conservateur de droite ? Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois… Mais à présent, les rares personnes qui y croyaient encore ont totalement ouvert les yeux, ou devons-nous dire fermés ?

En assouplissant la législation sur le travail à temps partiel, Kris Peeters tire un trait sur le concept de travail soutenable. Le travail sera désormais tout à fait insoutenable pour les temps partiels. Et Kris Peeters de montrer son ancien (mais vrai) visage. L’ancien homme fort d’UNIZO a en effet mis au point une législation taillée sur mesure pour les petites et moyennes entreprises. Des entreprises où aucune représentation syndicale n’est tolérée et où ces nouvelles règles peuvent donc être appliquées aisément.

 

Notre analyse n’est pas erronée, Monsieur Peeters

Le ministre Peeters a réagi de façon crispée lorsque le SETCa a rendu public ledit projet de loi la semaine passée. Nos allégations seraient fausses. Son projet de loi est disponible sur notre site web. Il suffit de savoir lire pour constater ce qu’il en est. Nous en récapitulons ici les points essentiels.

Les horaires 1 jour à l’avance

Le projet de loi prévoit que le règlement de travail pourra fixer que les horaires ne soient signalés qu’1 jour ouvrable à l’avance (actuellement, il s’agit de 5 jours ouvrables et dans certains secteurs et certaines entreprises, cela va même jusqu’à 2 à 3 semaines ouvrables). Cela pourrait même se faire par SMS ! Dans les petites entreprises sans représentation syndicale, les employeurs ne mettront pas longtemps à introduire ces mesures. Dans les plus grandes entreprises, la pression pour les imiter sera à l’avenant.

Fini les horaires-types dans le règlement de travail

Le projet de loi prévoit qu’il suffira de déterminer la fourchette de prestations  au lieu des horaires-types à respecter, par exemple de 6 heures à 20 heures. Vous apprendrez donc la veille quand et combien de temps vous travaillerez dans cette tranche horaire !

Fini le sursalaire en cas de prestation d’heures complémentaires

Le projet de loi prévoit la suppression de la limite de 39 heures  complémentaires pour l’application du sursalaire. Si l’on combine cela à l’annonce de l’horaire 1 jour ouvrable à l’avance, le sursalaire ne sera donc plus appliqué dans la pratique.

La porte ouverte aux abus

Le projet de loi prévoit par ailleurs qu’en cas d’enregistrement du temps de travail, les horaires affichés ne devront plus être adaptés préalablement si du travail en plus doit être effectué. Ces horaires adaptés ne devront donc plus être disponibles, entre autres pour l’inspection sociale, l’enregistrement du temps de travail suffit. Celui-ci peut aussi se faire sur papier. On imagine dès lors facilement que cela entraînera des abus. Les travailleurs à temps partiel pourront donc être poussés à travailler davantage que ce qui était initialement prévu et ensuite, le temps de prestation sera rempli fictivement. Conséquence : des heures non payées ou payées en noir !

Revoyez votre copie, Monsieur Peeters

Si le ministre a tout de même pour ambition de rendre/garder le travail soutenable, il n’a plus qu’une option : réécrire le projet de loi de sorte que les travailleurs à temps partiel aient aussi des repères à l’avenir. Des repères pour pouvoir organiser leur vie sur le plan professionnel et familial. Des repères pour pouvoir mener une vie digne. Vie digne qui est déjà à présent de plus en plus difficile, après les attaques sur les revenus provoquées par les coupes dans les allocations de chômage complémentaire des travailleurs à temps partiels involontaires. Une vie digne, c’est aussi avoir droit à un temps plein, voilà à quoi a droit le million de travailleurs à temps partiel – dont 90% de femmes.