BIEN MANGER EN ACHETANT PAS CHER, SAIN ET ÉQUILIBRÉ

Animatrice santé à Liège pour les FPS-Réseau Solidaris, Dominique Baudart vient de réaliser une étude sur l’alimentation de qualité et le budget consacré à celle-ci. 

Comment manger de nos jours? Bio, sans sel, sans viande, sans gluten…?
Les consommateurs sont un peu perdus!

Nous défendons l’idée que manger sain et équilibré, c’est rythmer sa journée avec environ trois repas complets, adapter la quantité en fonction de ses besoins et, surtout, varier le plus possible ses menus pour couvrir les besoins nutritionnels du corps. Sans oublier de boire de l’eau principalement, meilleure pour la santé et pour le portefeuille par rapport aux sodas. Depuis longtemps, il y a des « modes alimentaires ». Et il est vrai que le consommateur est tiraillé de partout. Pourquoi faire compliquer quand on peut faire simple ? C’est à lui de faire un ou deux choix selon ses priorités. Il veut manger bio ? S’il pense que ça lui fait du bien, alors oui. Si la personne a des problèmes de santé, d’allergies, c’est en fonction de cela qu’elle portera ses choix. Une fin de mois difficile ? C’est le budget qui l’emporte. Et il y a aussi les végétariens, les aliments équitables, l’environnement… Pas possible de choisir tous les critères. La santé mentale est importante aussi !

Une alimentation de qualité et pas trop chère, est-ce possible? 

Avec mon collègue, assistant social de formation, et moi-même, diététicienne à la base, nous avons constaté les difficultés de notre public par rapport au budget et à la qualité de la nourriture. Nous avons lancé des animations sur ce sujet. L’idée était de réfléchir avec les groupes pour trouver le budget alimentaire minimum nécessaire par jour. Il fallait d’abord déduire le logement, qui peut représenter 30 à 50 % du budget total. Ensuite compter avec l’énergie, les charges, les transports, la communication, la santé… Il ne reste pas grand-chose pour bien se nourrir. Alors, en groupe, nous rassemblons les trucs et astuces de chacun. Nous réalisons sur papier un menu bon au goût, bon pour la santé et pas cher, histoire de garder le moral…

Et selon vos calculs?

Actuellement, on table sur une moyenne de 7 € (pour trois repas + boissons) par jour et pour une personne seule, en considérant, bien sûr, que les préparations sont « maison ». Le sandwich de midi avec un soda coûte facilement 5-6 €. S’il est consommé chaque jour, la facture grimpe jusqu’à une centaine d’euros par mois. Et ce n’est pas le meilleur pour la santé, car la qualité n’y est pas toujours ! Il faut donc compter au minimum 220 € par mois. Certaines personnes arrivent à s’en sortir avec 5 € par jour (155 €/mois), mais le menu couvre tout juste les besoins de base. Tout cela demande pas mal d’organisation et beaucoup d’imagination. Plus la famille est nombreuse, plus la quantité est élevée, et moins ça coûte par personne. Evidemment, s’il y a trois ados en pleine croissance à nourrir, le budget par personne diminuera moins. Notez que la famille monoparentale (principalement à charge de la mère) avec une seule rentrée d’argent aura un budget alimentaire plus compliqué à gérer.

Dans vos publics variés, la classe moyenne éprouve-t-elle aussi des difficultés pour le budget alimentaire? Encore faut-il bien s’entendre sur ce qu’est exactement la «classe moyenne».

Oui, en effet, elle éprouve des difficultés à joindre les deux bouts. Pour répondre à votre question, il s’agit d’une population avec un salaire moyen d’environ 1 500 à 2 000 € net par mois (référence Service public fédéral Economie). Et quand on doit payer un ou deux logements si le couple est séparé, les charges, le transport, plus tout le reste, nous devinons que le budget alimentaire (+/- 12 % du budget du ménage) est réduit aussi. Une partie de plus en plus grande de la population est touchée, comme le met en lumière l’enquête sur la pauvreté du Thermomètre Solidaris, qui estime son seuil en dessous de 1 250 euros. Le recours aux colis alimentaires fait un bond ces deux dernières années et les cartes de crédit proposées dans les magasins de grande distribution en sont malheureusement la preuve.

Renseignements pour les animations santé organisées par le secteur associatif de la mutualité : 

Par Philippe Fievet – Paris Match en collaboration avec les mutualités Solidaris – Parution 29/12/2016