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Seniors: le sexe n’a pas de « date de péremption » !

C’est encore un énorme préjugé dans notre société, pourtant tellement libertine à d’autres égards : on ne parle pas de sexualité passé un certain âge, comme si sexe et vieillesse étaient incompatibles ! C’est pourtant totalement faux, comme le prouvent les chiffres. Ainsi, selon les dernières statistiques de l’Enquête de Santé (2013), trois-quarts des 55-64 ans ont encore des rapports sexuels.

Dans nos sociétés où les corps se doivent d’être jeunes et parfaits, il n’y a plus place pour le désir passé un certain âge. Du moins dans les mentalités. Parce que la réalité est bien différente, contrairement à ce qu’essaient de nous faire gober certains préjugés.
«Si on tape « sexualité» dans Google, on tombe sur une foule d’images de corps nus, jeunes et parfaits, dans toutes les positions possibles», note Sandrine Cesaretti, chargée de projets chez Espace Seniors, association du réseau Solidaris. «Puis, on refait l’exercice avec « sexualité» + «seniors»: on voit des gens certes encore très bien, mais… habillés et plutôt enlacés ! On est davantage dans la tendresse que dans la sexualité. On trouve même des images de main tenant des pilules érectiles ! C’est l’image que la société a du sexe chez les seniors…» Une représentation brutalement pudique, voire pudibonde, quand les corps se font vieillissants…
«L’image que nous avons des seniors est plutôt connotée négativement: rides, difficultés à se déplacer, canne, voire carrément des personnes grabataires», poursuit Mme Cesaretti. «C’est la représentation sociale que l’on se fait de la personne âgée, alors que la sexualité exigerait au contraire de beaux corps, jeunes et souples, pour pouvoir prendre des positions abracadabrantes.»

La réalité bien différente

Il y a trois ans, Espace Seniors lançait une campagne sur ce sujet encore tabou. Avec un joli succès à la clef : «A cette occasion nous avons rencontré beaucoup de seniors qui nous disaient que la sexualité ne s’arrête pas à 60 ou 65 ans. Elle n’a pas de « date de péremption », même s’il est vrai qu’il peut parfois y avoir de petits soucis physiques liés à l’âge.»
Alors, pourquoi nier l’évidence ? «La sexualité en soi demeure taboue, elle reste du domaine de l’intime.
Et encore plus chez les moins jeunes», analyse Sandrine Cesaretti. «Il est difficile d’imaginer que les personnes âgées ont encore une vie sexuelle. On ne se représente pas ses parents ni ses grands-parents en pleine partie de jambes en l’air.»
L’Enquête de Santé réalisée régulièrement par l’Institut scientifique de santé publique (ISP) révélait qu’en 2013, 78% des hommes de 55 à 64 ans et 70% des femmes de la même tranche d’âge avaient eu des rapports sexuels au cours des douze derniers mois. Selon une étude américaine, 72% des hommes de + de 80 ans se masturbent. Chez les femmes du même âge, le chiffre est de 42%.
«Une autre enquête réalisée lors du Salon Zénith (dédié aux 50+, Ndlr) montrait que 13% des visiteurs avaient des rapports 2 à 4 fois par semaine, 28% une fois par semaine et 30% une fois par mois », précise encore la chargée de projets d’Espace Seniors. «Il faut casser les stéréotypes. Ce n’est pas parce que l’âge avance que la sexualité s’arrête. Il faut parfois l’adapter, mais les besoins et les envies restent les mêmes: le désir d’être touché, d’être caressé. Nous avons énormément de témoignages en maisons de repos qui vont dans le même sens: les résidents regrettent que le seul toucher qui leur reste soit associé à la toilette et/ou aux soins. Le manque est réel, preuve que les besoins ne s’arrêtent pas.»
A noter : plus d’infos sur www.espace-seniors.be. L’association édite deux brochures («Seniors, le sexe, c’est bon pour la santé» et «Intimité et sexualité en maisons de repos») qui sont disponibles en téléchargement sur son site.

Ce n’est plus comme avant ? Parlez-en au médecin !

Les soucis sexuels dont peuvent souffrir les aînés, à commencer par les troubles érectiles chez l’homme, sont, eux, moins tabous depuis l’avènement de la ‘petite pilule bleue’ (suivie de « cousines » d’autres coloris). Le médicament a apporté une solution, mais il a surtout libéré la parole, des hommes et des épouses. Et c’est tant mieux car les petites difficultés mécaniques inhérentes à l’âge touchent jusqu’à un homme sur trois après 50 ans. «Ce n’est pas rare et c’est logique qu’après 50 ans, il faille plus de temps pour obtenir une érection, qu’elle soit plus difficile à maintenir, et qu’il faille être patient pour récupérer et obtenir une nouvelle érection», rassure Sandrine Cesaretti.

L’âge de ses artères

‘Osez en parler au médecin’ n’est pas qu’un slogan pub pour vendre davantage de petites pilules. D’abord parce qu’elles ne sont pas miraculeuses: «Le médicament est un facilitateur d’érection, mais il faut un objet de désir, ce n’est pas magique », rappelle notre interlocutrice. Ensuite parce que les troubles érectiles peuvent être le symptôme révélateur d’une maladie sous-jacente d’origine cardiovasculaire. Eh oui, on a l’âge de ses artères ! Evoquer le sujet avec son médecin traitant est donc aussi l’occasion de réaliser un bilan médical.
«Mais l’âge n’est pas la seule cause possible : pensons aussi au stress, à la baisse d’image de soi ; certains médicaments peuvent également avoir un impact sur les érections.»
Chez la femme subsiste par contre un cliché: celui de la ménopause qui marquerait la fin du désir et de la sexualité. «C’est faux qu’il n’y a plus de libido, même s’il y a une chute hormonale. Pour certaines femmes, c’est même tout à fait le contraire car la ménopause les libère (risque de grossesse, règles, Ndlr), ce qui accroît leur libido.»
Ici aussi, un dialogue avec le médecin généraliste et/ou le gynécologue (ou en planning familial, qui n’est pas réservé aux jeunes) est conseillé, par exemple en cas de petits soucis comme de la sécheresse vaginale qui peut occasionner des douleurs à la pénétration. L’usage d’un produit lubrifiant peut faciliter les choses.
Sudpresse – Cécile Vrayenne